La saga des mots : LOYAUTE

J'ai récemment écrit que les mots et le sens qu'on leur donne, l'usage qu'on en fait, sont le reflet d'une époque ou de l'état d'une société.

Cette fois, c'est l'absence d'utilisation d'un mot qui me conduit à y réfléchir : il s'agit du mot "loyauté".

Habituellement, le point de départ de ma réflexion est mon bon vieux dictionnaire (papier).

Cette fois, j'ai utilisé mon navigateur internet pour vérifier ce que je pouvais trouver à propos de ce mot et dans quelles circonstances il était employé.

Ma découverte a confirmé mon intuition : hormis des définitions de la loyauté, aucun exemple d'usage de ce mot (à part un article très spécifique aux rapports parents/enfants).

Ce terme n'est quasiment plus utilisé !

Etymologiquement, l'origine latine est la même que pour le mot "loi"et dans son acception originelle, loyauté et légalité avaient le même sens.

Au fil du temps, les deux termes se sont dissociés (sauf en droit où l'obligation de loyauté dans les contrats, en particulier le contrat de travail, est un concept important) et tous les dictionnaires s'accordent sur son sens : respect de ses engagements, droiture.

La loyauté est donc une valeur morale.

Que penser du fait qu'on l'utilise maintenant si peu ?

Je sais qu'il faut manier le syllogisme avec précaution, mais c'est tentant :

la loyauté est le respect de ses engagements

+

le mot n'est plus uilisé

=

on ne respecte plus ses engagements

Si le principe de loyauté a trouvé sa pleine expression sous la féodalité, dans les rapports régissant le seigneur et son vassal, l'histoire est émaillée d'alliances conclues puis renversées.

Il est vrai que certains engagements gagnent à ne pas être respectés : pensons au pacte germano-soviétique : s'il n'avait pas été rompu, l'issue de la deuxième guerre mondiale aurait certainement été tout autre.

Cette notion de loyauté, au sens large, présente des aspects très divers et peut mener à une certaine rigidité si on l'applique avec excès ; le monde est évolutif, les circonstances peuvent changer.

Si on s'en tient à des rapports plus quotidiens, loyauté est synonime d'honnêteté ; dans les relations commerciales ou professionnelles, on sanctionne la concurrence déloyale.

Ce qui me préoccupe, plus que l'usage de ce mot, c'est l'affaiblissement de la valeur de l'engagement, même moral, dont je crains que ce ne soit un indice.

La faible valeur accordée à l'engagement n'est pas nouvelle : nombreux sont les auteurs qui ont justifié d'un bon mot cette pratique : le plus célèbre a été formulé par un ministre de la IIIème République, Henri QUEUILLE, qui a laissé cette réflexion à la postérité : "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent".

Mais une fois n'est pas coutume, je citerai volontiers Sacha GUITRY : "Il faut aussi se faire des serments à soi-même, et ceux-là les tenir".

A méditer...

 

Brit DEHENCE